Poésie sur TR

LA FORÊT DE TROIS-RIVIÈRES


Jaune cru jaune cuit
vert rouge moutarde
beigne cuivré argenté
ambre et mordoré
gris des troncs
bleu du lac
ombre de la terre
senteur humide calcaire
froideur de l’eau
qui brise les cascades
Ce ne sont pas des couleurs 
de chez nous
cette forêt bien rangée
ces lampions allumés
cette apothéose avant la chute des neiges
le tapis des feuilles mortes sur le sol endormi
le silence du temps pour combler
l’Éternel
Ce ne sont pas des couleurs 
de chez nous
ce ciel fondant sur la face divine
des lacs écartés
les rochers boursouflés
la mousse douce – heureuse
caressant le vent
cachant sous nos pieds hésitants
une autre vie possible
Ce ne sont pas des couleurs 
de chez nous
ce paysage vaste et net
où les arbres sauvages
portent une beauté cristalline
Chez nous la vie se bouscule
va dans tous les sens
la nature s’exerce à nous affronter

Mais aujourd’hui je veux m’étendre 
sur  la terre parfumée
fermer les yeux
respirer à pleins poumons
et réciter des poèmes
dans mon cœur
pour célébrer la fête du rêve
à Trois-Rivières.



Véronique Tadjo,
Trois continents  pour Trois-Rivières, suivi de Capitale de la poésie, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2003, pp. 80-81