Discours de Luis Armenta Malpica
lors du la remise du Prix

Traduction de Odelin Salmeron

Suite à la série de séismes catastrophiques dont nous avons récemment soufferts au Mexique, la population, surtout les jeunes, a démontré que notre pays va au-delà de l’impunité et la corruption des gens qui gouvernent et les grandes entreprises, au-delà de la violence, du narco trafique, du manque de garanties et des valeurs d’une société en décomposition par les politiques globales et capitalistes qui nous régissent.
Nous avons secoué un peu notre détachement, notre désintérêt et avons rescapé des ruines la générosité, le courage, l’inquiétude envers nos voisins, nos amis, ceux qui partagent leur maison ou qui l’ont perdu. Cette nouvelle manière de nous réunir est aussi une autre possibilité de la poésie, et je la remercie, lui souhaite la bienvenue.

Jaime Sabines et Gatien Lapointe réunissent, autant au Canada qu’au Mexique, ceux qui, chaque jour, se lèvent avec une nouvelle parole, une parole vivante, celle qui nous sauvera et qui sauvera aussi, possiblement, ceux qui la reçoivent. Pas la parole belle, mais la déchirée, celle qui nous confronte et qui, parfois, nous brise. Cette parole qui fait mal et qui plonge au fond de ce nouvel être qui veut se débarrasser de tant d’inégalités, de tant d’injustices.

Cette poésie, chers collègues, qui nous permet d’aimer qui on veut, de dire ce que nous voulons, de protester, de bouger dans ce monde qui, lui aussi s’agite, mais avec de nouveaux dirigeants et des puissantes façons d’étendre le racisme, la xénophobie, l’intolérance, le viol systématique des femmes et des enfants, l’imposition, la censure et les peurs.

Cette poésie qui nous permet d’être une différence et qui nous réunit ici, maintenant, à Trois-Rivières, pour qu’on puisse se reconnaître, non dans un prix, mais dans l’humanité. Non dans un livre, mais dans la possibilité d’exprimer, librement, tout ce que nous aimons de ce monde. Mais également ce qui nous dérange et que nous voulons changer. Si nous ne changeons pas de place, au moins les paroles, quelque chose se chargera de nous faire bouger, peut-être même violemment, afin que nous puissions nous regarder d’une autre manière. Moi, j’espère que cette nouvelle manière de nous voir dans le monde soit un meilleur miroir, un où on puisse tous se regarder, et qui nous incluera tous. 

Luis Armenta Malpica